Le petit-déjeuner glucidique à la Française

Jusqu’à la Révolution, les Français ne prenaient que deux repas par jour, l’un entre 10 et 12 heures, le second en fin d’après‐midi, vers 17 heures. Seuls les aristocrates du XVIIIème siècle s’étaient entichés de deux nouveaux breuvages exotiques : le café, originaire d’Éthiopie, et le chocolat, des Amériques.

Puis la révolution industrielle du XIXème siècle rallonge les journées des travailleurs. Les ouvriers se tournant vers le vin blanc pour se donner du courage, les dirigeants de l’époque décident d’introduire des produits laitiers et du café au petit-déjeuner. A ce phénomène sont venues s’ajouter les inventions et les recommandations médicales du chirurgien américain John Harvey Kellogg (1852-1943), père des Corn Flakes, du beurre de cacahuète. Ses compétences mercantiles, légitimées par son rôle de médecin, imposèrent alors les céréales comme l’une des composantes nutritionnelles majeures du petit déjeuner, et l’idée que le petit déjeuner était « le repas le plus important de la journée ». Voulant copier ce courant d’outre Atlantique, nous nous sommes mis à préconiser la prise d’un petit‐déjeuner énergisant avant de partir au travail ou à l’école. En 1912, la marque Banania propose sa formule à base de sucre, de céréales et de deux produits coloniaux : le cacao et la farine de bananes. Les citadins adopte ce nouveau petit‐déjeuner sucré quand dans les campagnes, le pain est toujours trempé dans la soupe ou le vin.

Après la Seconde Guerre mondiale, un petit‐déjeuner est offert aux enfants lors de leur arrivée en classe le matin. En 1954, Pierre Mendès‐France instaure la distribution de lait dans les écoles. Le petit déjeuner traditionnel glucidique à la française devient immuable. Il se compose autour de la star des pains : la baguette (qui remonte aux boulangers de Napoléon 1er qui auraient donné au pain une forme allongée pour le rendre plus facilement transportable), agrémentée de beurre, doux ou demi-sel selon les régions, de confiture et de miel. Les viennoiseries s’invitent à table. Les croissants sont au beurre, les pains au chocolat, qui se résumait à un morceau de chocolat dans un bout de baguette, sont préparés avec de la pâte feuilletée. Rajoutez un jus d’orange ou de pamplemousse et une boisson chaude comme un café, un thé ou un chocolat chaud et vous obtenez le petit déjeuner continental tel que vous le trouvez dans les hôtels.

Pourtant absorber des glucides dès le matin, c’est l’assurance d’un pic d’insuline, suivit d’une hypoglycémie réactionnelle, d’un coup de pompe et d’une envie de sucre 2 heures après, que vous consommerez, qui sera de nouveau suivit d’une hypoglycémie réactionnelle, etc. C’est un cercle vicieux qui vous invite d’une part à ponctuer votre journée de sucre et d’autre part qui fatigue votre foie et votre pancréas sur la durée.

Pour aller plus loin : Que manger le matin ?

Partager sur Facebook Publié le 9 décembre 2019 par Laura Azenard.

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